College women, HPV genotyping and sexual behavior before HPV vaccination

Results from samples stored for a long time

This 2018 study was carried out from 2001 to 2005 in college women from Morelos State University in Mexico. Participants were related to the health science field (Medicine, Pharmacy, Psychology, Biology, and Education).. Students with ≥ 3 sexual partners and who did not use condom had 12.8 higher odds of being HPV positive.

Abstract

HPV is the sexually transmitted agent most common among young people, like college students.

The aim of study was to associate sexual behavior characteristics of women with HPV, detected in genital samples taken before the introduction of the HPV vaccine.

Female students during 2001–2005 donated genital samples and the samples were re-analyzed in 2013 for HPV genotyping by RT-PCR.

The frozen storage of the students’ genital samples allowed the detection of HPV DNA and its genotyping after years of sample collection. HPV prevalence was 22%, HPV16 3.9%, and HPV18 1.1%.

Age, multiple sexual partners and the partner’s age at first sexual intercourse were significantly associated to HPV. Students with ≥ 3 sexual partners and who did not use condom had 12.8 higher odds of being HPV positive.

In this report, we found that students with older partners at first sexual intercourse had a higher possibility of becoming positive for HPV DNA. This is relevant because it has been reported that sexual partner’s age is an important risk factor for HIV infection in homosexual men and it is thought that this is partially due to the low acceptance of condom use by older sexual partners. This behavior could also happen regarding HPV, for heterosexual partners. In fact, we found that 49.0% of the older sexual partners did not use condom, compared with 40.1% of younger sexual partners as reported by participating college women (p = 0.119). Additionally, there was a higher possibility of being positive for HPV DNA in women 26 years old or older, this group reported a higher number of lifetime sexual partners and lower frequency of condom use during last sexual intercourse.

The interaction between the number of sexual partners (main risk factor for HPV exposure) and condom use (barrier against HPV exposure) was clear in the studied population, and even though condom use effectiveness in preventing HPV infection has been inconsistent in cross sectional studies, a review of longitudinal studies shows that it protects against the infection.

L’abstention dans les pathologies obligatoires de l’enfant

Progrès de l’abstention dans la rhino-pharyngite, Luc Perino, 2018

Publié par Luc Perino, médecin généraliste, humeur du 13/12/2018

Dans les années 1920, des pédiatres et radiologues américains notèrent que les nourrissons victimes de fortes rhino-pharyngites avaient un gros thymus. Comme ils ne savaient pas à quoi servait cet organe voué à disparaître à l’âge adulte, ils proposèrent de le détruire par irradiation. Cette pratique barbare devint une nouvelle « norme » médicale pendant plus de trente ans. Puis, constatant la surmortalité chez les dizaines de milliers de nourrissons ainsi traités, on comprit que le thymus était un organe majeur du système immunitaire de l’enfant. On avait pris la conséquence du rhume pour sa cause.
Il est inconvenant de juger nos confrères d’hier avec nos yeux d’aujourd’hui, mais il est parfois difficile de s’en abstenir.

L’activisme des soins pour cette pathologie fréquente n’allait pourtant pas s’arrêter là. On a ensuite réalisé des millions d’adénoïdectomies, opération terrible (souvent sans anesthésie), consistant à enlever les fameuses « végétations » autre organe du système immunitaire propre à l’enfant. Au moment où j’écris, ces opérations sont devenues rares, mais elles se pratiquent encore (avec anesthésie) malgré la preuve de leur inefficacité. Les végétations disparaissent vers l’âge de 6 ans.

Ayant enfin compris que le rhume est une pathologie banale et obligatoire de l’enfant, la médecine s’est concentrée sur sa complication unique : l’otite moyenne aigue. Dès que le tympan était rouge, on considérait qu’il y avait otite et l’on prescrivait des antibiotiques, souvent accompagnés d’antiinflammatoires, et parfois de corticoïdes. Ces « remèdes de cheval » se sont révélés soit inutiles, comme les antibiotiques, soit dangereux, comme les antiinflammatoires et les corticoïdes.

On s’est alors concentré sur les otites chroniques dites « séro-muqueuses », car la trompe d’Eustache reliant le pharynx et l’oreille moyenne est plus perméable chez l’enfant. Les enfants ont décidément beaucoup de particularités ! On a alors pratiqué des paracentèses consistant à perforer le tympan, puis on a posé des drains trans-tympaniques (plus connus sous le nom de « diabolos »). Cette pratique est encore fréquente malgré les preuves accumulées de son inutilité.

Les plus sages des médecins ont fini par ne proposer que du sérum physiologique en pulvérisations nasales et du paracétamol. On ne peut que louer cette sagesse, bien que – nous osons à peine le dire – cela se révèle aussi inutile que tout le reste, à court, moyen ou long terme.

Certains épidémiologistes ont voulu savoir quels étaient les facteurs favorisant ces troubles. Trois d’entre eux se dégagent : le manque de sommeil, l’allaitement artificiel, et un statut social défavorisé. Dans ces trois cas, les remèdes sont ne sont pas vraiment du ressort de la médecine. Et les médecins ne les évoquent pas par peur des représailles.

Il nous faut donc encore attendre pour connaître le grand progrès de l’abstention dans les pathologies obligatoires de l’enfant.

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La façon de penser de l’industrie pharmaceutique

Considérons enfin les phases de vie

Publié par Luc Perino, médecin généraliste, humeur du 01/01/2019

La cigale Magicicada septemdecim est ainsi nommée car elle a une phase larvaire de dix-sept ans suivie d’une phase adulte (imago) de seulement six semaines. Il nous est difficile d’imaginer qu’un état larvaire constitue l’essentiel d’une durée de vie.

La notion de « phase de vie » est capitale dans la compréhension du vivant. La phase adulte de cette cigale ne sert qu’à la reproduction. En termes d’évolution, il est superflu de vivre après avoir produit une progéniture capable d’atteindra elle-même l’âge de la reproduction.

Les médecins n’ont pas été formés à réfléchir en ces termes de phase de vie. L’idée de soigner les nourrissons et les enfants est relativement récente, la mortalité infantile a longtemps été vécue comme une fatalité. Aujourd’hui, la médecine consacre l’essentiel de son budget à la prolongation de la vie adulte et l’essentiel de sa communication à en promouvoir le programme.

La santé publique pourrait pourtant profiter d’une médecine mieux formée aux phases de vie. Cette individualisation du soin serait assurément plus pertinente de celle dont les marchands de santé ont récemment fait un slogan. Identifier l’ADN tumoral chez un adulte est un leurre d’individualisation et un piètre progrès conceptuel en cancérologie.

L’immense majorité des essais cliniques en pharmacologie est réalisée sur des adultes. Les résultats en sont généralement extrapolés aux enfants et aux vieillards par de simples règles de trois, basées sur le poids ou la fonction rénale. Médicaments parfois utilisés chez la femme enceinte, alors que la physiologie et l’immunologie d’une grossesse, d’un embryon ou d’un fœtus sont peu comparables à celles d’un adulte.

Les ressources métaboliques d’un enfant sont allouées à la croissance, celles d’un adolescent à la maturation sociale et sexuelle, celles des adultes à d’incessants compromis entre reproduction, soins parentaux et gestion de la complexité socio-culturelle ; celles des séniors sont allouées exclusivement aux processus de réparation. Tous ces individus ont des physiologies aussi différentes que le sont celles de la larve et de l’imago de notre cigale.

Plus trivialement, une hypercholestérolémie ou une hypertension n’ont pas la même nocivité à 20 ans et à 70 ans. Une cellule cancéreuse n’a pas le même destin à 10, 40 ou 70 ans. Une douleur articulaire n’a pas la même valeur sémiologique à 5 ans qu’à 20 ou 80 ans. Un déficit cognitif passager n’est pas le même motif d’alerte à 15 ans qu’à 75 ans. Aucune chimie ne convient aux embryons, aucun psychotrope ne convient aux enfants, la morphine ne convient pas aux adultes, la prévention immunitaire n’est pas adaptée aux vieillards.

Depuis un demi-siècle, nos universités médicales se font méthodiquement enfermer dans la façon de penser de l’industrie pharmaceutique. Revenir à plus de biologie fondamentale et mieux enseigner les phases de vie permettrait de se libérer de ce carcan cognitif.

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La responsabilité des médecins dans la sélection et non-prescription de certains médicaments sur le marché

Souvenirs de Mediator

Publié par Luc Perino, médecin généraliste, humeur du 06/12/2010

Le laboratoire Servier a toujours été un brillant marginal. Je me souviens que c’est le seul laboratoire qui m’a offert un livre écrit par son patron, Jacques Servier, un homme de conviction. Le titre du livre était : Le médicament, inventer ou mourir.
Le laboratoire Servier se positionnait franchement comme un laboratoire de recherche et d’innovation. Cette image était un point fort de sa stratégie marketing. En cela, il ne différait pas des autres, mais il le faisait avec un petit côté franchouillard qui n’était pas pour me déplaire. J’avoue avoir, moi aussi, une certaine tendance cocorico.

Servier, c’était bien évidemment le gliclazide alias Diamicron®. Quel généraliste n’en a pas prescrit des tonnes ? On l’opposait volontiers au glibenclamide alias Daonil®. Il y avait une tendance qui faisait du Diamicron le sulfamide hypoglycémiant des généralistes et du Daonil celui des spécialistes. Ce genre de subtilités sans véritable base scientifique est difficile à interpréter. Il résulte probablement du marketing. Les mini-jupes des visiteuses Servier auraient-elles eu plus d’impact sur les généralistes que sur leurs éminents confrères ? Il ne me plaît guère de l’admettre. Les omnipraticiens étaient-ils plus patriotes tandis que l’atlantisme scientifique gagnait déjà les spécialistes qui ne pouvaient décemment pas prescrire une molécule à la fois gauloise et généraliste ? Je n’en sais rien, mais à défaut d’être logique, c’était intéressant à décrypter.
Servier, c’était aussi le Daflon® sur lequel, bien évidemment, je n’ai rien à dire.

Servier c’était aussi, hélas, l’interminable déclinaison des dérivées amphétaminiques, Pondéral® et Isoméride®, entre autres, sur le marché juteux de l’obésité qui montre régulièrement sa propension à passer brutalement de la gloire à la déchéance. Je regrette encore les quelques boîtes de Pondéral® que j’ai prescrites dans ma fougueuse jeunesse. Le récent retrait du Sibutral et de bien d’autres à venir, oblige à se poser définitivement la question du curatif en matière d’obésité. La physiologie nous signifierait-elle ainsi certains domaines où seul le préventif aurait droit de cité ?

Servier c’est aussi le Mediator® dont on parle beaucoup en ce moment. Si je cède, à mon tour, au panurgisme – qui n’est pas mon plus gros défaut – ce n’est pas pour tirer sur l’ambulance, mais en raison de souvenirs précis autour de ce désormais bien triste benfluorex.

Je commençais par être quelque peu agacé par les méthodes de promotion de nos chers laboratoires, en particulier, je n’appréciais pas la fâcheuse habitude qu’avait pris Servier de toujours présenter des médicaments hors catégorie. Chaque molécule n’appartenait à aucune classe déjà connue et inaugurait un groupe original. Quelle surprenante créativité ! Mediator était de ceux-là : ni sulfamide, ni biguanide, il était proposé dans le diabète de type 2. Je disposais déjà du Glucophage® et du Diamicron® (précisément) pour une pathologie qui ne me paraissait pas justiciable de l’engouement curatif international qu’elle continue de susciter. On a proposé bien d’autres classes thérapeutiques depuis, dont l’Avandia®, avec les nouveaux déboires que nous savons. Tout cela pour de fort maigres résultats, en termes de gain de vie, et pour une pathologie qui mérite d’être redéfinie.

Bref, j’avais provisoirement banni le Mediator de mes prescriptions. Ce bannissement est devenu définitif lorsque les indications de cette molécule ont, subrepticement d’abord, puis franchement ensuite, basculé vers l’obésité. Non pas que je néglige mes patients obèses, bien au contraire, je refuse d’ajouter un fardeau à celui qu’ils ont déjà à porter. Ainsi, la mollesse des hasards et la rigidité de mes principes ont réussi à m’épargner toute prescription de Mediator. C’est la vraie vérité. Pas un seul petit comprimé.

Pardonnez cette fierté dérisoire. Lorsque, comme tous mes confrères, je ressasse mes fautes, mes négligences et mes erreurs, dont certaines ont peut-être été des pertes de chances ou de vie, il est si bon de pouvoir s’extraire avec certitude d’une nouvelle culpabilité de la médecine.

Je souhaite de tout mon cœur que la liste des morts du Mediator n’augmente pas. Je compatis aux problèmes majeurs que doit affronter le personnel du laboratoire Servier. Je regrette pour eux qu’ils aient eu un ministère laxiste qui n’a pas su les arrêter à temps. Nous savons depuis bien longtemps qu’un marchand ne sait jamais s’arrêter tout seul, il faut l’aider. D’autres pays d’Europe ont réagi bien avant.

La franchouillardise, la peur d’augmenter le chômage ou de diminuer le PIB peuvent être des qualités… Jusqu’au moment de l’aveuglement.

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En médecine aussi, le mieux est l’ennemi du bien

Consistance des maladies virtuelles

Publié par Luc Perino, médecin généraliste, humeur du 31/10/2018

La morbidité se définit comme

  • un “état de maladie
  • ou un “caractère relatif à la maladie“.

Ces définitions sous-entendent que la morbidité est vécue par le patient avant d’être comptabilisée par la médecine. La troisième définition est statistique :

  • pourcentage de personnes atteinte d’une maladie donnée“.

Désormais, la médecine se propose d’intervenir avant les premiers signes de maladie. Le dépistage organisé et la détection des facteurs de risque créent ainsi une nouvelle morbidité qui n’est plus vécue par les patients. Une image suspecte, une cellule anormale, une prédisposition génétique, un chiffre élevé de pression artérielle, de sucre ou de cholestérol ne sont pas des signes ressentis par le patient mais des informations qu’il reçoit de la médecine. Cette morbidité est donc virtuelle pour le patient.

Si je peux comprendre l’intérêt de la biomédecine pour ces maladies virtuelles, je suis toujours surpris de la docilité avec laquelle ces patients “virtuels” acceptent ces nouveaux diagnostics et les vivent comme des maladies dont ils auraient réellement ressenti les symptômes. Ils les vivent même parfois avec une intensité dramatique supérieure à celle d’une maladie réellement vécue.

Pourtant, un grand nombre d’images ou de chiffres suspects, disparaissent comme ils apparaissent sous l’effet de multiples facteurs variables et labiles. On peut être hypertendu pendant deux ans et ne plus l’être pour tout le reste de sa vie. On peut avoir une cellule cancéreuse sans que jamais n’apparaisse ni tumeur ni métastase. Dans leur grande majorité, les prédispositions génétiques restent indéfiniment à l’état de prédisposition.

Le plus surprenant est la définition rétrospective de ces virtualités à partir d’une proposition théorique de soin. C’est exclusivement l’idée d’un soin qui leur confère une réalité morbide.
Cette inversion complète des processus diagnostiques et thérapeutiques répond merveilleusement aux nouvelles normes mercatiques et informatiques de notre monde auxquelles la médecine n’a pas de raison d’échapper. Ce n’est plus le patient qui vient proposer au médecin des symptômes vécus dans l’espoir qu’il ne s’agisse pas d’une vraie maladie, ce sont les médecins qui proposent des pathologies virtuelles que le patient va alors vivre comme de vrais maladies.

Avec cette nouvelle normativité, aura-t-on encore besoin de l’expertise clinique des médecins ? Si oui, quel sera alors l’utilité de ces nouveaux experts ? Nous avons de bonnes raisons de penser que leur rôle principal consistera à dissimuler un diagnostic de maladie virtuelle lorsqu’ils estimeront que le fait de la donner à “vivre” pourrait dégrader la santé plus que ne le ferait la maladie réelle supposée évitable…
Vaste programme à inscrire d’urgence dans le cursus universitaire médical…

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En dehors de la science et de la justice, le bon sens peut parfois suffire

Pesticides, antidépresseurs et agnotologie du suicide

Publié par Luc Perino, médecin généraliste, humeur du 21/08/2018

Un retentissant procès vient de condamner Monsanto à verser 250 millions d’euros à un jardinier intoxiqué par le glyphosate. Cette sentence est considérée par la plupart des commentateurs comme une preuve définitive de la toxicité du glyphosate. Depuis des décennies, des milliers d’articles scientifiques ont formellement démontré la toxicité des pesticides en général et du glyphosate en particulier. Rares sont ceux qui ont eu un écho, et les plus commentés l’ont été cent fois moins que ce dernier procès. Certes, la science n’a pas le charme médiatique de la justice, mais ce serait là une trop rapide conclusion.

En réalité, la science n’émeut pas les multinationales, car elles en sont les premières productrices. Rien n’est plus facile que de décortiquer les petits biais consubstantiels à toute science et de produire de nouveaux biais. Cette science du doute s’appelle l’agnotologie et elle suffit à maintenir longtemps les institutions en sommeil. Surtout si ce sommeil est profitable à tous les sens du terme.

On pourrait en conclure que seule la justice peut émouvoir les multinationales. Ce pourrait être vrai si les condamnations visaient les dirigeants, mais les peines se résument toujours à d’anonymes indemnités qui ont été largement budgétées en amont. L’industrie pharmaceutique en est coutumière. Le laboratoire Glaxo a payé une amende de 3 milliards de dollars pour avoir dissimulé pendant des années les risques cardiovasculaires mortels liés à son hypoglycémiant (rosiglitazone). Pfizer a payé 2,3 milliards pour avoir promu hors autorisation de dangereux antiépileptiques pour des douleurs banales. Etc. Le procès du glyphosate semble ridicule aux côtés des milliards que paient avec discrétion les compagnies pharmaceutiques pour éviter les procès.

Pourtant, en dehors de la science et de la justice, le bon sens peut parfois suffire. La simple observation de la dévastation animale et végétale immédiate causée par les pesticides suffisait à en évaluer la toxicité. Les paysans du monde entier ne s’y sont pas trompés en choisissant les pesticides comme premier moyen de suicide. Les pesticides sont même responsables de plus d’un suicide sur sept dans le monde. Les antidépresseurs en provoquent probablement plus, mais la preuve est plus délicate, car l’agnotologie pharmaceutique est infiniment plus subtile que l’agnotologie agro-alimentaire.

Constatant le long et tortueux chemin de la vérité avec la science ou la justice comme seul attelage, nous comprenons aisément pourquoi la très grande majorité des humains se réfugie derrière les dogmes. L’industrie agro-alimentaire est là pour nous nourrir. L’industrie pharmaceutique est là pour nous soigner. Voilà des dogmes qui, en plus d’être immuables, sont vraiment reposants.

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La confiance des patients en leur médecin

Ne pas vexer son médecin…

Publié par Luc Perino, médecin généraliste, humeur du 09/08/2018

La relation médecin-patient est un thème rebattu. Sa qualité est supposée produire celle du soin. Depuis Balint, les médecins sont encouragés à suivre des formations pour améliorer cette relation. La confiance des patients en leur médecin est le fondement de l’effet placebo, lequel représente la plus importante contribution au succès du soin, quels que soient les progrès de la médecine et la gravité des pathologies.

Cette relation n’a évidemment pas échappé aux évolutions sociales et technologiques.

  • L’échange verbal est de plus en plus haché par diverses mélodies de téléphone.
  • Les regards se croisent moins depuis que l’ordinateur du médecin en capte la majorité.
  • Internet en est devenu une tierce personne.
  • Enfin, cette relation, importante pour l’éducation et le conseil et pour toutes les thérapies non médicamenteuses, a perdu de son poids maintenant que les industriels du médicament sont les seuls à façonner l’art et l’enseignement médical.

D’un côté, les décisions thérapeutiques sont basées sur des statistiques biomédicales le plus souvent biaisées. Néanmoins, ces décisions probabilistes sont labellisées, immuables et définitives. Les traitements sont prescrits à vie quelle que soit l’évolution clinique individuelle.
De l’autre côté, le soin empirique, modulable et réversible, façonné par la parole et la relation, est devenu presque suspect.

La souffrance générée par cette dégradation relationnelle est la même des deux côtés du stéthoscope. Médecins et patients sont également victimes de cette évolution. Le médecin se réfugie derrière une ordonnance anonyme, approuvée par sa faculté et son ministère. Le patient accepte cette ordonnance à défaut de ne pouvoir obtenir toute l’attention qu’il espérait.

La petite philosophie synthétique que je livre ici n’a rien d’original et s’est construite au gré de mes désolations de clinicien, mais l’ampleur du problème m’est apparue suite à la récente réflexion d’un ami qui me relatait les suites d’une consultation :

« mon médecin m’a prescrit ce médicament, mais je n’ose pas lui avouer que je ne le prends pas de peur de le vexer ».

Cet ami avait inversé la charge de la confiance. Il tenait manifestement à garder son médecin, bien que n’ayant plus vraiment confiance en lui. L’essentiel semblait être que ce praticien garde confiance en son patient. Ce paradoxe ébranla ma naïveté médicale et me conduisit à de nouvelles digressions sur notre métier. J’imaginai alors les imbroglios que devront démêler les futurs cliniciens.

  • Prescriptions abusives à vie,
  • effets secondaires des médicaments inutiles,
  • dissimulations de non observance,
  • automédication,
  • médicaments frelatés achetés sur internet,
  • multiples prescriptions de spécialistes ou de médecines alternatives,

bref, tous ces échecs de la relation allaient rendre le défrichage des symptômes et de l’évolution clinique infiniment laborieux. Dans la relation médecin-patient de demain, les docteurs Watson auront vraiment besoin de Sherlock Holmes à leurs côtés.

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La prévention pharmacologique : un traitement qui rapporte

L’apogée médicale serait-elle déjà loin ?

Publié par Luc Perino, médecin généraliste, humeur du 06/06/2018

Le succès médical de l’insuline en 1921 s’est accompagné d’un succès commercial moyen, car malgré l’obligation d’un traitement à vie, la cible des patients était étroite. Dans les années 1940, l’extraordinaire efficacité des antibiotiques s’est doublée d’un succès commercial sans précédent, mais les traitements étaient courts, car immédiatement efficaces.

Trop peu de patients d’un côté, et des patients trop vite guéris de l’autre, les industriels ont vite compris qu’aucun de ces deux miracles médicaux n’était véritablement miraculeux pour le commerce. Il fallait des cibles larges et des traitements à vie. Cette évidence mercatique allait définitivement réorganiser l’activité de l’industrie pharmaceutique. Avec une ténacité aboutissant progressivement à canaliser la recherche médicale, à détourner l’éducation sanitaire de la population vers une prévention pharmacologique et, in fine, à circonscrire la recherche clinique et l’enseignement universitaire.

Aujourd’hui, la très grande majorité des prescriptions médicamenteuses s’adresse à des maladies virtuelles (facteurs de risque) ou potentielles (gènes ou cancers dépistés) qui n’ont jamais été cliniquement vécues par les individus et ne le seront probablement jamais. Cette médicamentation de la société a créé de nouvelles maladies iatrogènes (celles-ci réellement vécues), et des addictions plus nombreuses et plus graves que les classiques addictions aux drogues illicites.

Depuis l’halitose (mauvaise haleine passagère) transformée en maladie chronique en 1920 pour vendre un désinfectant ménager transformé en médicament contre l’exclusion sociale, la liste des maladies et concepts pathologiques nouveaux créés par cette recherche marchande ne cesse de s’accroître. Ménopause, dysfonction érectile, dysphorie prémenstruelle, insomnies crées par les benzodiazépines, timidité, décrets d’anomalies métaboliques, tristesse ou fatigues passagères, allergies alimentaires factices, hyperactivité, colère, hypertensions labiles ou approximatives, dépressions ou migraines chronicisées par leur traitement, dépendance irréversible aux opioïdes, pour ne citer que les plus connues.

Mais il serait injuste de n’accuser que big pharma et d’élaborer une théorie du complot. La réalité est plus simple, la naïveté anthropologique qui a façonné les religions se déplace et se prolonge en d’autres croyances : une gélule peut retarder la sénescence ou compenser les extravagances nutritives, un comprimé peut supprimer l’angoisse existentielle ou régler les conflits conjugaux.

Il ne nous reste plus qu’à espérer qu’il subsistera encore au moins 1% de la recherche pour les vrais, jeunes, rares et graves malades et pour les millions de morts par infections tropicales. Sinon, l’apogée de la médecine serait déjà loin derrière nous, car si les transhumanistes ont résolument décidé de prendre le relais commercial, ils n’ont pas l’intention de prendre le relais médical ni d’assumer la charge clinique.

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Le “condition branding” de l’industrie pharmaceutique

Addiction suprême après les jeux-vidéo

Publié par Luc Perino, médecin généraliste, humeur du 02/07/2018

Le critère essentiel et indispensable dans le diagnostic d’addiction a toujours été la présence d’un syndrome de sevrage. Autrement dit, l’addiction ne peut concerner que des toxiques (alcool, tabac, drogues) dont l’arrêt brutal provoque de graves troubles physiopathologiques.

Mais avec les dérives verbales et diagnostiques caractérisant nos sociétés surmédicalisées, le terme d’addiction est de plus en plus souvent utilisé pour des comportements. Après le sport, le pari et le sexe pathologiques, voici le jeu-vidéo pathologique des enfants, officialisé par l’OMS en juin 2018.

Comment expliquer un tel laxisme terminologique au sein d’une discipline qui ne cesse de revendiquer le statut de science exacte ?

Un minimum de sens de l’observation nous montre que tout cela relève du “condition branding” : terme intraduisible désignant ce que font les marketeurs de l’industrie pharmaceutique pour vendre des maladies au même titre que d’autres vendent une marque (brand) de chaussures ou de parfum.

La psychiatrie en est devenue le terrain favori après que les plus banales anxiétés et dépressions aient été déclinées avec tant de succès en diverses maladies. Il n’y a aucune limite prévisible à cette mentalisation pharmacologique, car rien n’est plus flou que les troubles mentaux.

  • Le trouble dysphorique prémenstruel a été promu pour recaser la fluoxétine (Prozac),
  • le trouble d’anxiété sociale pour créer une niche à la paroxétine (Deroxat),
  • le trouble panique pour élargir les indications de l’alprazolam (Xanax).

Ces campagnes où le nom du produit n’est jamais directement prononcé sont nommées “unbranded campaigns”. Même les médias publics, les ministères et l’OMS sont des acteurs ingénus ou subornés de ces campagnes invitant les citoyens à reconnaître au plus vite des “maladies” injustement méconnues comme l’ostéoporose, la DMLA, l’hyperactivité ou le déficit cognitif mineur.

N’en doutons pas, dans les mois ou années qui viennent, un médicament sera proposé pour soigner cette nouvelle addiction aux jeux-vidéo. Il s’agira, soit d’une nouvelle niche pour un produit existant, soit de la promotion d’un nouveau produit.

Cette nouvelle “maladie” vient gonfler la liste des centaines de troubles mentaux pour lesquels on vante une intervention pharmacologique. Bien que les régressions spontanées soient fréquentes et que les psychothérapies restent les meilleures options dans la très grande majorité des troubles de l’humeur et du comportement.

Le but de toutes ces savantes orchestrations est d’établir l’addiction suprême pour le plus grand nombre. Une addiction aux psychotropes (tranquillisants, neuroleptiques et antidépresseurs) qui est certainement la plus fréquente et la plus irrémédiable de toutes.

Peu importe alors que la cause initiale soit comportementale ou toxicologique, notre aveuglement face au “condition branding” aboutit généralement à une addiction aux psychotropes. Au sens le plus strict du terme.

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Le parcours d’un homme, “Fils Distilbene”

Rich, membre de DES Action USA, exposé en 1949, partage son parcours

Comment avez-vous appris votre exposition au DES et comment avez-vous vécu cette révélation?

C’était au cours de la 3ème année de mon mariage, en 1978. Nous essayions en vain d’avoir une grossesse, sans succès. J’ai de suite pensé que c’était de ma faute, car je n’arrivais pas à tenir une érection en raison de la petite taille de ma verge, ou qu’il y avait un lien testiculaire, suite aux oreillons contractés étant bébé et dont mon frère aîné m’avait parlé. Ma mère, qui était infirmière, m’en avait parlé sans avoir expliqué la gravité de la maladie et le stress que mon corps avait subi.
Lorsque j’ai dit à ma mère que nous avions des difficultés pour une grossesse, elle m’a informé qu’elle avait pris du DES pendant sa grossesse. Elle avait ensuite suivi toute la recherche sans en avoir jamais parlé avec moi. Elle a dit : « Je ne t’ai rien dit parce que je pensais que tu ne te marierais pas. Jusqu’à la fin de ma vie je porterai le poids d’avoir pris du DES pendant ma grossesse pour éviter une fausse couche. Cela me hantera toute ma vie ». Ce n’est pas peu dire que j’étais stupéfait et que ma femme était furieuse. Je ressentais aussi la colère d’avoir été trahi.

De quelle façon avez-vous été affecté pour votre exposition au DES ?

J’ai toujours su que j’étais différent parce que mes organes génitaux étaient petits (notamment plus petits que ceux de mon frère). Cela me gênait de prendre la douche après le cours d’éducation physique.
Je me rappelle aussi que je n’avais pas la même excitation hormonale que les autres adolescents qui étaient attirés par les filles. Cela m’a rendu extrêmement timide et réservé vis-à-vis de mes copains qui ressentaient ces envies. J’avais même pensé à des tendances homosexuelles.
Une fois que ma mère m’a informé sur le DES, je suis allé consulter un endocrinologue pour être diagnostiqué. Une infirmière m’a demandé pourquoi j’avais fait faire une vasectomie, puisqu’il n’y avait pas de sperme dans mon échantillon. Evidemment, je n’avais jamais eu cette intervention. Le médecin a fait un examen par toucher et m’a informé que ma prostate était sous-développée et donc que mon sperme serait clair. Il a testé mon taux de testostérone et a suggéré une injection. Mais plus tard il pensait que ce n’était pas la peine de continuer, les examens médicaux ne montrant aucun résultat.
Apprendre mon exposition au DES au début de mon mariage a eu un effet psychologique intense sur mon comportement sexuel. Je pensais : « Je ne pourrai pas avoir des enfants, alors pourquoi avoir des relations sexuelles ? » Les relations sexuelles pour le plaisir déclinaient : la masturbation mutuelle a augmenté pour ensuite diminuer également. Nous avons suivi des thérapies de comportement sexuel, d’hypnose et des séances de conseil conjugal pour comprendre ce qui se passait dans notre intimité : rien ne semblait avoir de résultats.

Comment avez-vous découvert DES Action USA et qu’est-ce qui vous a fait adhérer ?

Par internet. J’ai étudié les recherches DES et je voulais avant tout savoir s’il y avait des recherches concernant les “fils DES“.
Je trouvais des tonnes d’informations concernant les filles. L’association DES Action USA présentait les recherches en cours concernant les “fils DES“.

Pouvez-vous décrire ce que ressent un “fils DES“ lorsque tant de recherches se focalisent sur les conséquences pour les “filles DES“ ?

J’étais totalement frustré ! Comment pourrait-il y avoir si peu ou pas de recherches concernant les “fils DES“ ? Nous avons tout autant le droit de savoir les conséquences physiques de ce médicament sur nous. Je sais maintenant que le DES est un perturbateur endocrinien. Peut-être que cela pourrait expliquer mon manque de désir sexuel tout au long de ma vie ? Il pourrait y avoir une explication chimique à mon comportement ! Cela aurait été préférable de connaître cette réalité plus tôt ! Je sais que mon exposition au DES est une réalité. Ce que je veux savoir, c’est comment ce perturbateur endocrinien a pu m’affecter in utero. J’ai besoin de savoir !

Si vous pouviez apporter une amélioration à DES Action USA, quelle serait-elle ?

Comme l’a dit Tom, un autre “fils DES“ dans une newsletter précédente, j’aimerais trouver plus d’informations pour les “fils DES“ et qu’il y ait sur internet un groupe de soutien qui nous soit destiné. Maintenant que je suis membre, j’espère être tenu au courant de l’avancée des connaissances. DES Action USA doit continuer à donner ces informations et rester en relation avec les équipes de recherche.

Traduit par Réseau DES France et publié avec l’aimable autorisation de DES Action USA.

Le Distilbène DES, en savoir plus