Les bienfaits de la déprescription médicamenteuse

Le médecin expert de demain

Publié par Luc Perino, médecin généraliste, humeur du 09/07/2018

On ne cesse de s’interroger sur l’évolution et l’avenir de la médecine.

  • Vulgarisation biaisée par internet,
  • mainmise des industriels sur l’enseignement universitaire,
  • télémédecine,
  • intelligence artificielle,
  • saturation des urgences,
  • etc.

sont autant de thèmes récurrents qui démontrent les profondes mutations de la pratique médicale en quelques décennies.

Les plus vieux praticiens se désolent de l’appauvrissement du sens clinique pendant que leurs jeunes confrères considèrent que la technologie l’a enrichi. Mais tous ont conscience de la nécessité de formaliser de nouveaux savoirs destinés à de futurs cliniciens qui seraient idéalement agrégateurs d’informations, modérateurs de diagnostic et piliers de soin.

Sur le chemin complexe de cette utopie, il est une première expertise très facile à développer, celle de “iatropathologiste“. Une pathologie est dite “iatrogène” lorsqu’elle est induite par la médecine.

Cette iatropathologie, aujourd’hui devenue l’une des premières causes de morbidité et de mortalité en Occident, est aussi la plus largement méconnue. Cette méconnaissance s’explique

  • par la réticence bien compréhensible des médecins à l’accepter.
  • Elle s’explique aussi par le manque d’essais cliniques démontrant son ampleur. Il est en effet très difficile de faire financer des essais destinés à démontrer les dangers de la polymédicamentation ou les bienfaits de la déprescription médicamenteuse. Par ailleurs, les essais cliniques démontrant les bienfaits des médicaments excluent généralement les séniors et les enfants qui sont pourtant les tranches d’âge les plus concernées par la prescription médicamenteuse.
  • Enfin aucune politique n’incite véritablement à la pharmacovigilance, bien qu’il soit devenu quasiment impossible d’échapper à l’une des multiples facettes de la médicamentation :
    • ordonnances de spécialistes de plus en plus nombreux,
    • automédication,
    • drogues illicites,
    • produits dopants, f
    • aux médicaments sur internet,
    • produits naturels ou ésotériques,
    • etc.

L’expérience confirme que devant un symptôme ou une plainte dont on ne trouve pas l’origine, plus de deux fois sur trois, l’enquête médicamenteuse et la réflexion iatropathologique permettent de dénouer l’énigme. Tout particulièrement en gériatrie, mais aussi parfois en pédiatrie. La déprescription est très souvent le seul moyen de soulager le patient. Et lorsque ce sevrage médicamenteux est impossible, il s’agit souvent d’une addiction à des antalgiques opioïdes ou à des psychotropes qui n’auraient jamais dû être prescrits. On en revient toujours à la pathologie iatrogène.

Assurément, le clinicien expert de demain sera iatropathologiste. Une médecine si simple qu’un enfant de cinq ans pourrait la pratiquer. Pour parodier Groucho Marx : qu’on nous amène vite des médecins de cinq ans.

En Savoir Plus

Pesticides, le Poison de la Terre

Les produits phytosanitaires sont pointés du doigt – Aude Rouaux, 2016

En Gironde ou en Charente, à proximité des vignes ou travaillant dans le milieu agricole, des ruraux auraient été touchés par l’usage des pesticides dans leur environnement immédiat.

  • Pourquoi les riverains de Birac, petite commune charentaise, développent-ils un nombre surprenant de cancers des ganglions ?
  • Comment expliquer que les enfants du village de Preignac en Gironde sont-ils plus touchés par les leucémies ?

Aujourd’hui, les familles dénoncent le silence des autorités. La réalisatrice Aude Rouaux leur donne la parole afin de mener l’enquête sur un sujet qui demeure encore en 2016 un tabou, dans le monde agricole.

Valérie Murat et Marie-Lys Bibeyran, deux personnes très impliquées dans le combat contre l’utilisation des pesticides en Gironde, sont interviewées.

Ce que les soignants doivent savoir du marketing pharmaceutique dans l’Union Européenne

Information ou influence ? Traduit en français par la Troupe du RIRE

Les professionnels de santé sont fortement exposés aux activités marketing de l’industrie pharmaceutique. Plusieurs études montrent que l’exposition à l’information provenant des laboratoires pharmaceutiques ne conduit pas à une amélioration de la prescription. Au contraire, cela peut nuire à l’objectivité de la prescription et au professionnalisme des prescripteurs.

Fait ou fiction? Ce que les professionnels de la santé doivent savoir sur le marketing pharmaceutique dans l’Union européenne

Avec un accent particulier sur la promotion pharmaceutique dans l’Union européenne, ce nouveau guide de Health Action International enseigne aux étudiants à identifier et évaluer les méthodes utilisées dans les activités de promotion pharmaceutique, ainsi que leur impact sur la pratique clinique et la santé publique. Ils développent également la capacité d’évaluer de manière critique les activités de promotion pharmaceutique d’une manière qui préserve l’accès aux médicaments.

Comprendre et répondre à la promotion pharmaceutique: un guide pratique

Publié en collaboration avec l’Organisation mondiale de la santé en 2010, ce livre enseigne aux étudiants les techniques de marketing utilisées par l’industrie pharmaceutique. Il leur donne également les compétences nécessaires pour analyser de manière critique le marketing pharmaceutique et accéder à une information de meilleure qualité, impartiale et indépendante sur les médicaments.

Le guide est largement utilisé dans le monde entier par les facultés de médecine, de dentisterie, de pharmacie, de sciences pharmaceutiques et de santé publique en tant que complément du Guide de l’OMS pour une bonne prescription.

Interview du gynécologue Anne Cabau sur le distilbene

Archives Antenne 2 Midi, 16 février 1983

Anne Cabau a été une lanceuse d’alerte à une époque où ce terme n’existait pas. Sans ses travaux, l’affaire du Distilbène n’aurait jamais éclaté.

Anne Cabau, médecin gynécologue à la MGEN, qui avait contribué à faire éclater le scandale du Distilbène en 1983, est décédée dimanche 01 juillet 2018 à Paris à l’âge de 81 ans, a annoncé lundi le Réseau DES France, association des victimes de ce médicament.

Le Distilbène DES, en savoir plus

Le paradoxe de la nouvelle “médecine personnalisée” : à l’encontre de l’individualité

Personnalisation sans individu

Publié par Luc Perino, médecin généraliste, humeur du 16/06/2018

Toute décision thérapeutique s’appuie sur trois composantes.

  1. La première est évidemment un diagnostic précis.
  2. La seconde relève des données de la science biomédicale.
  3. La troisième concerne le patient : son environnement, sa personnalité, ses préférences.

Sans diagnostic précis, les actions thérapeutiques ne peuvent être que commerciales ou obscurantistes. Le commerce soigne des maladies à venir en s’appuyant sur des critères intermédiaires, le plus souvent insuffisants ou manipulés. L’obscurantisme soigne des symptômes par autosuggestion. Précisons ici que ni le commerce, ni l’obscurantisme ne sont l’apanage d’aucune médecine officielle ou officieuse, chacune puisant abondamment dans les deux registres.

Les progrès faramineux de la science et des techniques auraient dû conduire à des diagnostics de plus en plus précis induisant à leur tour des décisions de plus en plus circonscrites, voire univoques. Or nous constatons une multiplication des propositions de soins, autour de critères intermédiaires de moins en moins validés.

  • Les pratiques officieuses foisonnent en inventant de nouveaux préfixes à « pathie ».
  • Les pratiques officielles multiplient les critères chiffrés de soin et de prévention avec une simplification qui laisse pantois.
  • Les méthodes psychothérapiques se comptent par centaines.
  • Même dans le domaine de la vaccination, classiquement le plus scientifique et le moins commercial, on s’aventure vers des chiffres stupéfiants, puisque plus de 300 vaccins différents sont à l’étude.

La notion même de santé disparait dans cette cacophonie diagnostique, préventive et thérapeutique. Cet écart paradoxal entre les progrès de la biomédecine et la régression conceptuelle de la santé révèle les deux individus/patients actuels. Le premier zappe librement d’une proposition sanitaire à l’autre en refusant la domination d’une science ou d’un dogme. Le second se soumet sans discernement aux gourous qui manipulent ses croyances, ou aux marchands qui pervertissent sa science.

La science façonnée par les marketeurs des firmes est mise à rude épreuve : de plus en plus de médecins ont appris à en décoder les subterfuges, de plus en plus de citoyens ont appris à s’en dispenser. Les innovations pharmaceutiques ayant désormais un impact médiocre sur le gain de quantité-qualité de vie, l’unique solution est d’augmenter encore la pression mercatique.

Le slogan de « médecine personnalisée », créé sur ce constat, veut nous faire rêver à la fin des errances entre des pratiques médicales inconciliables, avec retour de l’individu au centre du soin…

La personnalisation est l’expertise des cliniciens depuis toujours. Non seulement, les marketeurs ont usurpé le terme, mais ils façonnent une personnalité sur de passagères mutations tumorales ou de subtiles voies métaboliques, dans une simplification qui laisse aussi pantois que les précédentes. L’individualité s’en éloignant davantage, les cliniciens et les gourous vont avoir encore plus de boulot.

En Savoir Plus

L’eau de mer, future solution alternative aux pesticides ?

Des extraits d’algues pour renforcer les défenses des plantes et remplacer des pesticides de synthèse !

Vidéo CNRS, 13 juin 2018.

Premier producteur agricole en Europe, la France est également le pays qui consomme le plus de produits phytosanitaires de synthèse. Or le but est de réduire cette consommation de 50% d’ici 2025. Pour y arriver, les agriculteurs devront trouver des alternatives. Certains chercheur pensent avoir trouvé une piste dans l’eau de mer…

Distilbène® 1mg

“Affections sévères de la prostate”… image credit Réseau DES France

Le Diethylstilbestrol ou DES a été commercialisé via de nombreux noms tels que le Distilbène®, Stilbetin®, Stilboestrol-Borne®, Benzestrol®, Chlorotrianisene®, Estrobene® et Estrosyn® par exemple.

Nombre de sociétés ont promu et vendu leur médicament DES sous plus de 200 noms de marque différents.

Il est toujours prescrit pour certaines affections sévères de la prostate.

Images de médicaments DES

Le Distilbène DES, en savoir plus

Dépliant Réseau DES France 2018 (page 1)

Une présentation claire du DES, néfaste pour 3 générations

Téléchargez et diffusez ce nouveau dépliant de l’association Réseau DES France autour de vous !

Le Distilbène DES, en savoir plus

Dépliant Réseau DES France 2018 (page 2)

Une présentation claire du DES, néfaste pour 3 générations

Téléchargez et diffusez ce nouveau dépliant de l’association Réseau DES France autour de vous !

Le Distilbène DES, en savoir plus

L’effondrement de la spermatogénèse et la manipulation des normes

À la recherche des contrées spermatiques

Publié par Luc Perino, médecin généraliste, humeur du 22/05/2018

Parfois les chiffres s’expriment d’eux-mêmes sans qu’il soit nécessaire de les faire parler. En 1940, la quantité de spermatozoïdes par ml de sperme était de 113 millions. Cinquante ans plus tard, en 1990, elle était de 66 millions. Pendant la même période, le volume de l’éjaculat est passé de 3.40 ml à 2.75 ml.

Alors qu’un degré de réchauffement climatique fait l’objet d’un catastrophisme rabâché sur tous les médias, cet effondrement de la spermatogénèse se déroule dans le plus grand silence. Ce déficit de vulgarisation de la biologie et de la médecine, comparées à toutes les autres sciences dures ou molles, est un problème chronique qui provient essentiellement de la manipulation des normes.

Ainsi, devant cette catastrophe spermatique, l’OMS a tout simplement modifié les normes de l’hypospermie (limite à partir de laquelle on considère le sperme comme insuffisant). Surprenante manipulation. Pour l’éjaculat, cette norme était 3ml en 1940, 2ml en 1999 et 1,5 ml en 2010. Pour le taux de spermatozoïdes par ml, on a vite oublié les 66 millions de 1990, pour tomber rapidement à 20 millions en 1999 et à 15 en 2010 ! On a même décrété que la fertilité pouvait subsister jusqu’à 5 millions, sans considérer qu’un spermatozoïde victorieux qui pénètre un ovule du XXI° siècle a combattu vingt fois moins d’adversaires qu’en 1940.

Nous savons depuis longtemps que les multiples perturbateurs endocriniens de l’agro-alimentaire et de la pétrochimie sont à l’origine de cette dégénérescence spermatique, et nous savons depuis peu que les marques épigénétiques de ce processus sont héritables.

On peut expliquer le silence autour de ces faits de deux façons, l’une réfléchie, l’autre primesautière.

  1. La première résulte d’un lobbysme bien compris pour ménager le système productif qui structure toute notre société.
  2. La seconde est un mélange confus de sentiments inavouables et contradictoires : avec 7 milliards d’habitants, faisons fi des problèmes de fécondité, espérons que l’hypofertilité épargnera notre pays ou notre communauté socio-culturelle, on inventera de nouvelles procréations médicalement assistées, etc. Lorsque l’autruche met sa tête dans le sable, c’est peut-être parce qu’elle a honte.

Les spermatozoïdes deviennent encore plus rares et plus fragiles que les abeilles et le dogme de la croissance du PIB est intouchable. Après avoir sauvé plusieurs industries en abaissant les normes de la spermatogenèse, la docile OMS a également favorisé l’industrie pharmaceutique en abaissant les normes de la glycémie et de la tension artérielle.

Devant l’impossible vulgarisation des sciences biomédicales, il ne nous reste plus qu’à espérer qu’il subsistera des contrées spermatiques où nos filles pourront aller se faire féconder…

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