Toxiques légaux, d’Henri Boullier

Comment les firmes chimiques ont mis la main sur le contrôle de leurs produits

Depuis les années 1960, d’ambitieux dispositifs réglementaires promettent de contrôler les produits chimiques auxquels nous sommes exposés quotidiennement. Pourtant, les rares « interdictions » prononcées sont systématiquement assorties de dérogations permettant de continuer à les utiliser. Pourquoi les États semblent-ils incapables de prononcer des décisions fermes ? Comment la commercialisation de substances toxiques est-elle devenue « légale » ?

Ce livre montre comment les grandes entreprises chimiques ont inscrit dans le droit l’impossibilité d’interdire leurs molécules, si toxiques soient-elles. Depuis 2006, le règlement REACH encadre leur commercialisation en Europe. Ce texte promettait de résoudre la méconnaissance des effets de dizaines de milliers de substances présentes sur le marché et d’améliorer leur contrôle. Finalement, les entreprises sont au cœur de la fabrique de l’expertise et les agences publiques se retrouvent à évaluer les risques de produits pour lesquels elles n’ont aucune donnée solide. En suivant la trajectoire de trois molécules dangereuses – un sel métallique, un solvant et un plastifiant –, l’enquête de l’auteur montre comment REACH organise leur maintien sur le marché.

L’histoire retracée dans ce livre est caractéristique de la manière dont certaines grandes réformes contemporaines masquent en fait un désengagement de l’État sans précédent. L’expertise est externalisée, les données fournies sont insuffisantes, les procédures dérogatoires multiples. Les firmes maîtrisent, plus que jamais, les ressorts de cette bureaucratie industrielle.

Référence.

Les dépenses de santé, l’accès aux soins et la politique des rustines

L’inégalité d’accès aux soins n’est plus ce qu’elle était, Luc Perino, 2018

Publié par Luc Perino, médecin généraliste, humeur du 20/09/2018

Dans les années 1960, vingt ans après la création de la sécurité sociale, les dépenses de santé ont augmenté de façon vertigineuse jusqu’à créer d’intolérables déficits. Qui fallait-il accuser ?

  • Les mandarins qui ont dépensé sans compter pour le prestige de nos CHU.
  • Les assurés qui ont tiré à hue et à dia sur le système jusqu’à devenir les plus gros consommateurs de médicaments et d’arrêt-maladie.
  • Les médecins et professionnels de santé qui ont multiplié les actes inutiles.
  • Les industriels qui ont médicalisé la société pour vendre de plus en plus d’imagerie, de biologie et de pharmacologie.
  • Les mutuelles privées qui ont brandi de futiles spectres pour avoir leur part du profit de la peur.

Contrairement à un réflexe bien républicain, je n’inclus pas les gouvernements dans cette liste des responsabilités. Certes, ils n’ont fait que poser des « rustines » ayant la discrétion qui convient – on ne touche pas impunément au sujet sensible de la santé –, mais bon an mal an, entre des déficits faramineux approchant 25 milliards d’euros et des années presque à l’équilibre, le système a survécu déjà plus de 70 ans. Saluons donc nos dirigeants qui ont établi le record mondial de longévité d’un système national de protection.

Or voilà que le nouveau défi n’est plus celui du budget, mais celui de l’inégalité de l’accès au soin : celle-là même que souhaitait abolir la sécurité sociale. Qui doit-on accuser de ce retour à la case départ ?

  • Les mandarins à la solde des laboratoires qui délaissent les vrais malades pour mieux façonner l’opinion sur les risques des bien-portants.
  • Les assurés nantis qui exigent le droit à l’immortalité sans contrainte.
  • Les médecins et professionnels de santé qui font désormais passer leur qualité de vie avant le sacerdoce et la fonction.
  • Les industriels qui falsifient impunément la recherche clinique.
  • Les mutuelles qui, devenues financières, ont déjà choisi leur camp avant l’implosion du système.

Cette nouvelle inégalité de l’accès aux soins est très différente de celle qui avait prévalu à la création de la sécurité sociale. Elle ne se résume pas à de triviales inégalités sociales, elle résulte aussi d’un remaniement profond de la pensée médicale, d’un bouleversement du mode de vie des acteurs du soin et de la financiarisation de tous les marchés de la santé.

Saluons encore les tentatives du gouvernement actuel, bien qu’il ne puisse plus ignorer que la politique des rustines est définitivement inadaptée à ces nouveaux contextes.

En Savoir Plus

La désinformation organisée par les firmes doit cesser, dit Maître Lafforgue

Comment Monsanto assure sa défense et nie en bloc toute responsabilité devant la justice

“Les médecins qui mettent en doute les troubles de M. François ne sont pas des experts judiciaires, ce sont des consultants payés par Monsanto.”

dénonce Maître François Lafforgue, l’avocat de Paul François.

La Cour d’appel de Lyon doit se prononcer sur la responsabilité présumée de Monsanto dans les troubles médicaux de Paul François, céréalier charentais. Depuis douze ans, il accuse la firme d’avoir exposé les utilisateurs du Lasso, puissant herbicide, à de graves dangers.

France 3 Auvergne-Rhône-Alpes, un reportage de Yaëlle Marie et Laure Crozat publié sur YouTube le 6 février 2019.

Référence : Lyon : Comment Monsanto assure sa défense et nie en bloc toute responsabilité devant la justice ?

Quand le prix élevé et insupportable des médicaments devient un effet secondaire du cancer

Très chères minutes de vie, Luc Perino, 2018

Publié par Luc Perino, médecin généraliste, humeur du 22/10/2018

En cancérologie de l’adulte, la chirurgie et la radiothérapie ont permis de prolonger la vie de certains patients. On a longtemps et honnêtement pensé que la pharmacologie pourrait encore améliorer les choses. Mais depuis une vingtaine d’années, les études indépendantes montrent l’inefficacité globale des anticancéreux anciens ou modernes.

Pour évaluer l’action des anticancéreux lors des essais cliniques, on utilise principalement trois critères :

  1. les biomarqueurs (analyses biologiques),
  2. l’amélioration clinique
  3. et la survie sans progression tumorale.

Il s’agit de critères dits « intermédiaires ». Le seul critère important pour le patient et ses proches étant celui de la survie globale assortie ou non d’une qualité de vie acceptable. Les critères intermédiaires ne sont que des leurres. Certes la baisse d’un biomarqueur ou la diminution du volume tumoral à l’imagerie sont une grande source de satisfaction pour les patients et les médecins, mais elles ne sont pas corrélées à une augmentation de la quantité-qualité de vie.

Il peut paraître cruel de dire les choses aussi brutalement, mais peut-on vraiment faire progresser la médecine sans admettre les faits cliniques ?

Par rapport aux anciens antimitotiques, les nouvelles thérapies ciblées, et plus récemment, les immunothérapies, ont trois caractéristiques nouvelles :

  1. un support théorique séduisant,
  2. des tests de surveillance auto-satisfaisants
  3. et un coût faramineux.

Hélas, à une ou deux fragiles exceptions près, elles ne prolongent la vie que de quelques mois ou semaines.

Ces coûts exorbitants et injustifiés ont deux effets pervers inattendus.

  1. D’une part, ils deviennent la plus importante part de l’effet placebo,
  2. d’autre part, en politisant le sujet, ils majorent les revendications des associations de patients.

« Le cancer est un fléau » et « la vie n’a pas de prix » sont devenus des arguments indirects bougrement efficaces qui détournent l’attention hors de l’examen objectif des résultats. Les lobbyistes de l’industrie ont bien compris la puissance de ces arguments indirects et ils misent diaboliquement sur la détresse des patients en utilisant leurs associations pour faire pression sur les ministères. Ils savent aussi que les élus sont piégés par l’électoralisme et la démagogie et que les médias sont à l’affut de leurs moindres ambiguïtés.

Enfin, la validation de ces supercheries par les agences du médicament soulève inévitablement la question de la corruption.

Quand bien même certaines thérapies feraient gagner quelques minutes de vie, aucune société, quel que soit son niveau de richesse, de compassion ou de solidarité, ne peut supporter les coûts indécents de chacune de ces minutes, sans se mettre toute entière en péril.

Il est difficile d’expliquer ceci à des patients en détresse et à leurs proches, mais ce n’est pas une raison pour laisser de séduisantes théories renouer avec l’obscurantisme médical des siècles d’antan.

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Glyphosate : comment s’en sortir ?

Grande soirée événementielle d'”Envoyé spécial” – 17 janvier 2019

Peut-on sortir du glyphosate ? Pourquoi est-il aussi long et difficile d’interdire cet herbicide, considéré par de nombreux scientifiques comme dangereux pour la santé ?

Sommaire:

Envoyé spécial, un reportage exceptionnel présenté par Elise Lucet, publié sur YouTube le 21 janvier 2019.

Référence : “Envoyé spécial”. Glyphosate : comment s’en sortir ?.

Sri Lanka, un pays sans glyphosate

Le gouvernement a décidé en 2015 d’interdire le glyphosate, une mesure radicale unique au monde

Comment, dans les campagnes, les rizières, les plantations, a-t-on appris à vivre sans glyphosate ?

Le glyphosate, l’herbicide le plus vendu au monde, a fait couler beaucoup d’encre en 2017 et 2018.

Envoyé spécial, un reportage d’Elise Menand, Swanny Thiébaut, Cédric Baume et Marielle Krouk, publié sur YouTube le 23 janvier 2019.

Référence : “Envoyé spécial”. Glyphosate : comment s’en sortir ?.

Comment les députés n’ont pas pu voter l’inscription dans la loi de l’interdiction du glyphosate

.Le vote impossible. Un hémicycle presque vide

Envoyé spécial” décrypte les coulisses de cette soirée du 28 mai 2018 à l’Assemblée nationale. Et a demandé aux 577 députés pourquoi la plupart d’entre eux n’ont pas pris part au vote.

Le glyphosate, l’herbicide le plus vendu au monde, a fait couler beaucoup d’encre en 2017 et 2018.

Envoyé spécial, un reportage de Laura Aguirre de Carcer, Tristan Waleckx, Olivier Gardette, Marielle Krouk et Karim Annette publié sur YouTube le 22 janvier 2019.

Référence : “Envoyé spécial”. Glyphosate : comment s’en sortir ?.

(Bayer), Monsanto, et la fabrique du doute

Une firme, qui ne s’estime ni responsable ni coupable, et fait appel de ses condamnations ?

Les “Monsanto Papers” ont révélé comment le géant américain a fait rédiger en secret, par ses propres scientifiques, des études pour prouver que le glyphosate n’était pas dangereux.

Le glyphosate, l’herbicide le plus vendu au monde, a fait couler beaucoup d’encre en 2017 et 2018.

Envoyé spécial, un reportage de Tristan Waleckx, Guillaume Beaufils et Mikael Bozo publié sur YouTube le 22 janvier 2019.

Référence : “Envoyé spécial”. Glyphosate : comment s’en sortir ?.

Glypho or not glypho ?

Les agriculteurs concernés au premier chef

Vincent et Olivier sont tous les deux céréaliers, l’un est pro-glyphosate, l’autre 100% bio. Chacun va passer quelques jours dans l’exploitation de l’autre.

Le glyphosate, l’herbicide le plus vendu au monde, a fait couler beaucoup d’encre en 2017 et 2018.

Envoyé spécial, un reportage de Laura Aguirre de Carcer, Olivier Gardette, Marielle Krouk, publié sur YouTube le 21 janvier 2019.

Référence : “Envoyé spécial”. Glyphosate : comment s’en sortir ?.

Un lien entre pharmacie et espérance de vie ?

Brève pharmacologie de la longévité, Luc Perino, 2018

Publié par Luc Perino, médecin généraliste, humeur du 22/11/2018

Au Danemark, la dépense en médicaments est de 200 € par an et par personne pour une espérance moyenne de vie de 80,6 ans. Les Pays-Bas, avec une dépense de médicaments un peu plus élevée de 365 € atteignent une espérance de vie de 82 ans. La France, pour 425 € annuels de médicaments par personne arrive à une espérance de vie de 82.5 années. On aurait envie de voir continuer cette belle corrélation pour connaître le budget pharmaceutique d’une population centenaire, hélas la progression perd brutalement de son charme, car l’Allemagne qui atteint une dépense de 480 € a une espérance moyenne de vie de 81 ans, à peine supérieure à celle du Danemark. Et au sommet de cette série se trouvent les USA qui, avec une dépense de 725 € de médicaments par an et par personne (presque deux fois celle de la France et quatre fois celle des Pays Bas), ont une espérance de vie d’à peine 78 ans.

Cette corrélation se traduit par une courbe dite en « U inversé ». Ce qui signifie que, pour le cas où existerait une relation de causalité entre le budget pharmaceutique d’un pays et l’espérance moyenne de vie de ses habitants, ce ne serait que jusqu’à un certain montant au-delà duquel, la courbe s’inverse et l’espérance de vie diminue.

Je reconnais la faiblesse clinique de cette démonstration et la probable ténuité du lien entre pharmacie et espérance de vie.

Par ailleurs, à l’intérieur d’un même pays, ce sont ceux qui consomment le plus de médicaments qui ont la plus courte espérance de vie. Cette nouvelle corrélation peut être analysée de deux façons grossières. La première est d’accuser méchamment les médicaments de diminuer la durée de vie. La seconde est de suggérer que les plus gros consommateurs de médicaments sont ceux qui avaient la santé la plus fragile, donc la plus faible espérance de vie. La première analyse est injustement agressive envers les médicaments, bien qu’ils soient une cause majeure de mortalité. Si la seconde analyse semble plus honnête et plus réaliste, on peut néanmoins affirmer que les médicaments ne suffisent pas à combler le déficit initial d’espérance de vie.

Pour donner un peu plus de rigueur à cette courte dialectique, nous pouvons appliquer le principe de consilience. Lorsqu’aucune démonstration n’est suffisante à elle seule, ce principe consiste à juxtaposer plusieurs hypothèses indépendantes concourant à mieux cerner un phénomène.

La consilience nous permet alors de conclure avec parcimonie que les médicaments ne sont manifestement pas la meilleure option pour la vie éternelle.

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