L’effondrement de la spermatogénèse et la manipulation des normes

À la recherche des contrées spermatiques

Publié par Luc Perino, médecin généraliste, humeur du 22/05/2018

Parfois les chiffres s’expriment d’eux-mêmes sans qu’il soit nécessaire de les faire parler. En 1940, la quantité de spermatozoïdes par ml de sperme était de 113 millions. Cinquante ans plus tard, en 1990, elle était de 66 millions. Pendant la même période, le volume de l’éjaculat est passé de 3.40 ml à 2.75 ml.

Alors qu’un degré de réchauffement climatique fait l’objet d’un catastrophisme rabâché sur tous les médias, cet effondrement de la spermatogénèse se déroule dans le plus grand silence. Ce déficit de vulgarisation de la biologie et de la médecine, comparées à toutes les autres sciences dures ou molles, est un problème chronique qui provient essentiellement de la manipulation des normes.

Ainsi, devant cette catastrophe spermatique, l’OMS a tout simplement modifié les normes de l’hypospermie (limite à partir de laquelle on considère le sperme comme insuffisant). Surprenante manipulation. Pour l’éjaculat, cette norme était 3ml en 1940, 2ml en 1999 et 1,5 ml en 2010. Pour le taux de spermatozoïdes par ml, on a vite oublié les 66 millions de 1990, pour tomber rapidement à 20 millions en 1999 et à 15 en 2010 ! On a même décrété que la fertilité pouvait subsister jusqu’à 5 millions, sans considérer qu’un spermatozoïde victorieux qui pénètre un ovule du XXI° siècle a combattu vingt fois moins d’adversaires qu’en 1940.

Nous savons depuis longtemps que les multiples perturbateurs endocriniens de l’agro-alimentaire et de la pétrochimie sont à l’origine de cette dégénérescence spermatique, et nous savons depuis peu que les marques épigénétiques de ce processus sont héritables.

On peut expliquer le silence autour de ces faits de deux façons, l’une réfléchie, l’autre primesautière.

  1. La première résulte d’un lobbysme bien compris pour ménager le système productif qui structure toute notre société.
  2. La seconde est un mélange confus de sentiments inavouables et contradictoires : avec 7 milliards d’habitants, faisons fi des problèmes de fécondité, espérons que l’hypofertilité épargnera notre pays ou notre communauté socio-culturelle, on inventera de nouvelles procréations médicalement assistées, etc. Lorsque l’autruche met sa tête dans le sable, c’est peut-être parce qu’elle a honte.

Les spermatozoïdes deviennent encore plus rares et plus fragiles que les abeilles et le dogme de la croissance du PIB est intouchable. Après avoir sauvé plusieurs industries en abaissant les normes de la spermatogenèse, la docile OMS a également favorisé l’industrie pharmaceutique en abaissant les normes de la glycémie et de la tension artérielle.

Devant l’impossible vulgarisation des sciences biomédicales, il ne nous reste plus qu’à espérer qu’il subsistera des contrées spermatiques où nos filles pourront aller se faire féconder…

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Enseigner la pharmacologie sociale pour une meilleure pharmacovigilance

Trois médicaments et après

Publié par Luc Perino, médecin généraliste, humeur du 15/08/2017

Dans les facultés de médecine, jusque dans les années 1970, les professeurs de pharmacologie et de thérapeutique apprenaient consciencieusement aux étudiants que les médicaments pouvaient parfois être dangereux. Nul ne retenait vraiment les risques énumérés, car les étudiants étaient d’abord fascinés par l’effet thérapeutique dont ils seraient un jour les détenteurs respectés. La pharmacovigilance était quasi-inexistante à cette époque, et chacun avait la conviction que tous les médicaments avaient plus de bénéfices que de risques.

Devant cette ignorance, une phrase revenait régulièrement dans les cours :

au-delà de trois médicaments, on ne maîtrise plus nos prescriptions et l’on ignore tout des interactions possibles.

Cette règle des trois médicaments au maximum relevait du simple bon sens et elle était plus ou moins admise par tous. Mais avec les pressions des patients et des firmes pharmaceutiques, elle était rarement respectée et l’on voyait déjà circuler des ordonnances de dix, voire quinze médicaments différents par jour.

Puis devant l’ampleur des accidents liés aux médicaments et à leurs interactions, la pharmacovigilance et l’esprit critique des médecins ont fait de timides progrès. On a découvert également « l’effet cocktail » : lorsque deux produits chimiques mis ensemble potentialisent leurs effets biologiques. Phénomène très bien étudié pour les perturbateurs endocriniens. Ainsi, au-delà des interactions médicamenteuses, les médecins d’aujourd’hui devraient considérer les interactions avec les toxiques environnementaux. Mais dans ce domaine, notre ignorance est encore plus grande.

Nous devrions alors prudemment revenir tout simplement à la règle des trois médicaments au maximum. Mais comment, dans le consumérisme d’aujourd’hui, les médecins pourraient-ils respecter une règle qu’ils n’ont pas respectée hier ?

Par ailleurs, la part de la prescription médicale se réduit. L’automédication a gagné du terrain, de puissants médicaments sont en vente libre, internet propose à foison des médicaments authentiques et frelatés, les spécialités médicales et paramédicales se multiplient, les médias annoncent quotidiennement un nouveau miracle médicamenteux. Les maisons de retraite se transforment en « piluliers » distribuant jusqu’à vingt molécules différentes par jour à leurs pensionnaires. Tandis que se multiplient des perturbateurs endocriniens qui restent toujours hors du champ de la connaissance médicale, et que les personnes en parfaite santé deviennent de gros consommateurs de médicaments.

Alors, trois ou vingt médicaments, peu importe ; la médicamentation n’est plus le fait de la médecine, elle est le fait de la société. Rien ne sert d’enseigner la pharmacocinétique ou la pharmacodynamie dans nos facultés de médecine, il faut enseigner la pharmacologie sociale.

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Le Roundup face à ses juges, livre de Marie-Monique Robin

Les ravages provoqués par l’herbicide

Depuis plusieurs années, l’inquiétude ne cesse de croître quant aux dangers du pesticide le plus utilisé au monde dans les champs et les jardins : le glyphosate. D’autant qu’en 2015, le Centre international de recherche sur le cancer l’a déclaré “cancérigène probable” pour l’homme, contredisant ainsi les agences de santé américaines ou européennes qui avaient assuré l’innocuité du Roundup de Monsanto, puissant herbicide dont le principe actif est le glyphosate.

Les victimes du glyphosate…

Prolongeant son enquête retentissante de 2008 sur les dangers des produits toxiques de la firme américaine (Le Monde selon Monsanto, livre et film), Marie-Monique Robin montre dans ce livre (et le film associé) que la dangerosité du glyphosate est plus grande encore qu’on le craignait. Dans le monde entier, il rend malades ou tue sols, plantes, animaux et humains, car l’herbicide est partout : eau, air, pluie, sols et aliments. Le produit, cancérigène, est aussi un perturbateur endocrinien, un puissant antibiotique et un chélateur de métaux. D’où autant d’effets délétères documentés ici par des entretiens très forts avec des victimes aux États-Unis, en Argentine, en France et au Sri Lanka, ainsi qu’avec de nombreux scientifiques.

Ce livre choc révèle l’un des plus grands scandales sanitaires et environnementaux de l’histoire moderne. Il montre que, face à l’impuissance ou l’absence de volonté des agences et des gouvernements pour y mettre fin, la société civile mondiale se mobilise : en octobre 2016, s’est tenu à La Haye le Tribunal international Monsanto, où juges et victimes ont instruit le procès du Roundup, en l’absence de Monsanto, qui a refusé d’y participer. Donnant son fil conducteur au livre, ce procès a conduit à un avis juridique très argumenté, qui pourrait faire reconnaître le crime d’”écocide“, ce qui permettrait de poursuivre pénalement les dirigeants des firmes responsables.

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Perturbateurs endocriniens, le temps de la précaution

de M. Gilbert Barbier, sénateur du Jura

Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, Rapport 2011

Le rapport 2011 de M. Gilbert Barbier, sénateur du Jura, présente tout d’abord de manière simplifiée ce qu’est le système hormonal et ce qu’on entend par sa perturbation avant de faire le point sur la recrudescence supposée de maladies d’origine environnementale et sur leurs causes possibles.

Il analyse ensuite la notion même de perturbation endocrinienne pour en mesurer toutes les implications, car elle peut apparaître comme une véritable révolution. De nombreuses pages font référence au Distilbène (DES). Enfin, M. le Sénateur Barbier présente des propositions d’action.

Le Distilbène DES, en savoir plus

Halte aux perturbateurs endocriniens !

Barbara Demeneix est l’invitée de “Matières à penser avec René Frydman”, décembre 2017

Par René Frydman, via france culture.

Avec Barbara Demeneix, biologiste, spécialiste mondiale des perturbateurs endocriniens, auteur de “Cocktail toxique” paru en 2017 chez Odile Jacob.

Glyphosate : perturbateur européen ?

Stéphane Horel et Yves Bertheau sont les invités de “Dimanche, et après ?”, octobre 2017

Par Raphaël Bourgois, via france culture.

Le débat européen autour du glyphosate met en lumière un ensemble complexe de rapports de forces entre différents acteurs. Au-delà de la question environnementale et sanitaire, ce sont les relations qu’entretiennent science, industrie et politique qui doivent être questionnées.

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An Investigation
  1. The Manufacture of a Lie.
  2. A Denial of the State of the Science.
  3. The Interference of the United States.
  4. The Discreet but Major Gift to the Pesticides Lobby.

Monsanto Papers, la saga continue …

Stéphane Horel, Stéphane Foucart et Nadine Lauverjat sont les invités de “cause à effets”, octobre 2017

Par Aurélie Luneau, via france culture.

À l’heure où la controverse sur le glyphosate soulève débats et questions de santé de publique, en Europe, et que les témoignages de victimes s’accumulent, que nous réservent encore les Monsanto Papers ?

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Perturbateurs endocriniens, liste des substances anthropiques

Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, Rapport 2011

En 2011, à l’occasion d’une proposition de loi visant à interdire le Bisphénol A dans les plastiques alimentaires, l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques a été saisi pour réaliser une étude portant sur la question des perturbateurs endocriniens et l’état des recherches.

Les substances anthropiques représentent des milliers de produits et comprennent des produits de l’industrie chimique (phtalates, bisphénol A, métaux lourds, etc.) et les produits phytosanitaires utilisés en agriculture (herbicides, fongicides, insecticides, etc.).

PRINCIPALES SOURCES DES PERTURBATEURS ENDOCRINIENS CONFIRMÉS OU POTENTIELS

Produits pharmaceutiques

  • DES (Distilbène), éthynil-oestradiol (contraceptif), kétokonazole (traitement du pityriasis, pommade)…

Produits dentaires

  • Bisphénol A

Produits vétérinaires

  • DES, trenbolones (augmentent la masse musculaire)…

Produits de combustion

  • Dioxines, furanes, HAP (hydrocarbure aromatique polycyclique)…
  • Produits à usage industriel ou domestique
  • Phtalates, bisphénol A, styrène (polystyrène)…
  • Polybromodiphényl éthers (PBDE), polychlorobiphényls, organoétains…
  • Alkylphénols, parabens (conservateurs dans les produits de beauté)…
  • Arsenic, cadmium…

Produits phytosanitaires

  • Organochlorés (DDT, chlordécone…)
  • Vinchlozoline (retirée en avril 2007), linuron (herbicide)…

Phytooestrogènes

  • Isoflavones (soja, trèfle)…

Mycotoxines

  • Zéaralénone…

Perturbateurs endocriniens, le temps de la précaution

Le Distilbène DES, en savoir plus

Le Glyphosate est un Scandale Sanitaire, Politique, Economique, Humain et Social

Le Pr Charles Sultan est l’invité de 7h50 France Bleu Hérault, septembre 2017

Par Claire Moutarde, via francebleu.fr.

Pédiatre en endocrinologie, consultant au CHU de Montpellier, le Pr Charles Sultan qui se bat depuis 30 ans sur les effets des pesticides sur la santé des enfants dénonce la non interdiction du glyphosate.

Distilbène : quelles leçons sociologiques ?

Une expérience médicale et sociale des perturbateurs endocriniens

Programme National de recherche sur les Perturbateurs Endocriniens – Colloque de restitution du 12 avril 2010 – Rennes.